
Le baby blues, qu’est-ce que c’est ?
La période post-partum, qui suit l'accouchement, peut s'avérer émotionnellement éprouvante et causer une déprime passagère, même si la grossesse a été bien vécue. Dû à des bouleversements
hormonaux, le baby blues touche environ 60% des femmes et dure une quinzaine jours.
Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr
Les mamans sont confrontées à la fatigue, à la pression des injonctions sociales, aux changements corporels, aux douleurs d’épisiotomie, de césarienne ou d'engorgement mammaire… Exposée à une grande vulnérabilité psychique, certaines mères ressentent des émotions ambivalentes. Elles peuvent avoir l’impression de devoir faire le deuil du lien qu’elles entretenaient avec leur bébé lorsqu’elles le portaient dans le ventre, pour s’adapter à la réalité du quotidien. Ce processus les amène parfois à remettre en question leurs attentes envers la maternité. Les symptômes du baby-blues varient : pleurs incontrôlables, irritabilité, anxiété, troubles du sommeil…
Quand devenir mère n'est pas le bonheur imaginé
La société, les médias et l’entourage laissent croire qu’à l’arrivée d’un bébé, une femme a « tout pour être heureuse ». En réalité, les premières semaines peuvent être sources de
désillusions. On a le droit d'avoir pensé que ce serait merveileux et s’être trompée... On a rêvé être mère, on avait hâte et malgré parfois un parcours du combattant pour tomber enceinte, on a
la boule au ventre dès que bébé crie. On a le moral à zéro et on voudrait pouvoir remonter le temps, avant ce corps épuisé et transformé (kilos en plus, vergetures…), se sentir de nouveau
soi.
Via les sages-femmes ou les copines, on avait entendu parlé de la chute d’hormones, de la mise en place de l’allaitement ou des suites de couches parfois difficiles, mais on ne s'attendait pas à
vivre de tels débuts avec bébé. On tombe de haut, capable de dire en larmes : « bien sûr que je suis heureuse que mon bébé soit là ». On aurait voulu être vraiment prévenue, pour se préparer à ce
cataclysme physique, émotionnel et psychologique. À entendre que la maternité « c'est que du bonheur », on se dit qu'on a dû louper quelque chose car ce qu'on vit est loin d'être tout rose. Bébé
ne fait pas ses nuits, il pleure, a des reflux, des coliques, a toujours besoin des bras.
Il s'agit d'accepter son incompréhension et de se sentir complètement déboussolée, de se donner du temps, étape par étape, pour s'adapter. Dans ces moments-là, on peut
éprouver un sentiment de confusion. La maternité n’est pas un don naturel : c’est un apprentissage. L’adaptation à cette nouvelle réalité se fait petit à petit, jour après jour.
« C’était mieux quand bébé n’était pas là » : s’avouer qu'on regrette sa vie (plus facile) d'avant fait mal mais ne signifie pas qu'on n'aime pas son enfant. Ce sont les responsabilités et la
charge mentale associée qui pèsent. Taire ses angoisses risque de faire durer le baby blues. Se donner la permission de craquer et de parler permet de se représenter ces moments de tristesse et
cette désillusion pour ce qu’elles sont : des émotions passagères.
Parler de son ressenti pour ne pas s’y enfermer
Avoir besoin de soutien ne fait pas de vous une mère incompétente. Autorisez vous à laisser couler vos larmes pour évacuer le trop-plein d’émotions. Partagez vos sentiments avec votre entourage,
demandez une présence et de l’aide concrète au quotidien (ménage, s’occuper des frères et sœurs ou du bébé quelques heures…).
L’injonction du supposé instinct maternel et le cliché de l’épanouissement automatique dans la maternité alimentent le silence et la honte des mères. L'amour pour son bébé met
parfois du temps à se développer, on a le droit de ne pas ressentir immédiatement un lien fort. Il est important de briser ce tabou qui entoure le fait de ne pas forcément aimer la maternité.
Quand on entend "profites-en, ça passe vite", certaines ne conçoivent pas revivre ça : il n’y aura pas de deuxième. Elles aiment leur enfant mais détestent, dans le fait d'être mère, ce sentiment
de ne plus s’appartenir, de ne plus se sentir maîtresse de leur vie.
Au lieu du coup de foudre attendu pour bébé, ce "don de soi" que demande la maternité est vécu comme une corvée. Le cœur n'y est pas... Avec l'impression de ne jamais souffler,
on s'en veut de penser que les autres aiment peut être plus que nous notre bébé. C’est douloureux et injuste. Puis on comprend que parler soulage, que l'on n'est pas la seule à ressentir ça. Ce
baby blues est temporaire, même s’il semble interminable.
Accompagner ses débuts de maman, pour un post-partum mieux vécu
Lors de la grossesse, les femmes sont entourées d’attentions. Professionnels de santé ainsi que les proches veillent à leur épanouissement physique et émotionnel. Une fois bébé né, sans ce
soutien continu s’arrête. C’est parfois un choc que ce vide qui envahit à la sortie du service de maternité est parfois un choc. Les mamans peuvent ressentir ressentent parfois un vide affectif,
livrées à elles-mêmes malgré un corps affaibli et une hypersensibilité.
Les réseaux sociaux alimentent le silence, la culpabilité et la honte à travers des représentations idéalisées de la maternité. Des mères parfaites et comblées s’affichent comme
radieuses et toutes pouponnées dans un intérieur impeccable, cuisinant de bons petits plats équilibrés ou de se divertir en s’occupant tout sourire de bébé. Face à ces images déformantes et
culpabilisantes, La comparaison de notre réalité avec ces images déformantes et culpabilisantes nous laisse croire que les autres mères font mieux que nous. On peut se sentir en échec.
De même, les remarques incessantes ou conseils contradictoires des proches déstabilisent sur notre capacité à bien faire, comme si tous savaient mieux que nous. On cherche du
réconfort auprès du partenaire et de l’entourage concernant nos choix (allaitement, cododo…) et non des critiques. Durant cette période d'ajustements, les mamans ont besoin d’encouragements pour
éviter qu'un mal être s'installe ou s'intensifie. Échanger ses sentiments et réflexions (avec une sage-femme, un médecin, un thérapeute...) permet de mieux traverser le baby-blues.
Accueillez vos émotions, prenez conscience de ce qui se passe en vous. Le corps et l'esprit s'adaptent au fil des mois aux rythmes variés du bébé. Entourez-vous de personnes de
confiance et bienveillantes. Reconnaissez ce baby blues que vous vivez, pleurez et parlez-en pour évacuer les pensées négatives. Comprenez que vous ne vous inventez pas des problèmes, vous
souffrez de maux réels. Cette déprime n’est pas de votre faute, c’est de la chimie hormonale.
Apprenez, avec indulgence envers vous-même, à revoir vos priorités (les tâches domestiques peuvent souvent attendre) permet de relativiser. Être moins épuisée, changer de
perspective et accepter de ne pas tout contrôler, signifie plus de sérénité. Après neuf mois à prendre soin de votre bébé et de son arrivée, il est temps de vous accorder (dès que vous le pouvez)
des moments de récupération : coiffeur, massage, films, siestes, sorties… même courts, ils sont essentiels. Retrouvez-vous avec vous-même et limitez les visites s'il y a trop de passage.
Renoncez à être parfaite, acceptez la fatigue des nuits blanches, les chouineries et les besoins de l'enfant, ses changements d'humeur et les vôtres. Faites au mieux et vivez un
jour après l’autre. Il faut faire retomber la pression que vous vous infligez.
Sophie, 32 ans, graphiste : « J’étais impatiente d'accoucher, j'avais tellement entendu à quel point devenir mère rend heureuse. À la naissance de mon bébé, j'ai été
submergée par un flot de doutes. Je me disais « c'est ça en fait ? ». Je l'aimais, je l'avais désiré, mais je ne ressentais aucune joie. Dédiée à l’allaitement et aux couches de mon bébé, à son
bain, complètement à côté de la plaque à force de ne pas me reposer, je vivais un calvaire. Je m'inquiétais de tout… j’ai passé des jours et des nuits en hypervigilance à surveiller son sommeil,
ses selles, son alimentation. Je n’arrivais pas à calmer les cris de mon bébé, je le regardais, hébétée. La certitude angoissante de ne pas être à la hauteur ni de jamais réussir à m'épanouir en
tant que maman m'a envahie. Je me suis effondrée. Je me sentais nulle, une mauvaise mère. Et puis sont venus les premiers sourires et je me suis senti moins esclave, gratifiée. Ça reste des
souvenirs douloureux mais j’ai alors mieux pris conscience de mais enrichissants en terme de dépassement de soi et ma capacité à puiser ma force dans mes ressources intérieures. Je réalise que
chaque mère traverse des hauts et des bas. Et je le dis à mes copines : la maternité reste un défi quotidien. Il n'y a pas de normes. »
Chaque expérience de la maternité est unique et personnelle. Il ne s’agit pas d'effrayer les futures mamans mais de savoir que la période post-partum peut se révéler difficile.
On ne naît pas mère on le devient.
Par Aouatif ROBERT | psytherapieparis.fr
Prochainement :
* Comprendre et surmonter le baby clash (partie 3 sur 3)
À lire aussi :
Comprendre et surmonter la dépression post patum (partie 2 sur 3)
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